Le Temps des genévriers, de Kate Wilhelm

Publié le par tauceti

 

       Le Temps des genévriers est un roman de 310 pages écrit par Kate Wilhelm en 1979. Il a été publié en français chez Denoël en 1980, et a connu deux rééditions, en 1987 et en 1999. La traduction française a été assurée par Sylvie Audoly, et l'illustration de la couverture présentée ici a été réalisée par Paul Siraudeau.

       L'histoire proprement dite

       États-Unis, après la catastrophe. On ne connaît pas la nature de cette catastrophe, ni si elle a été brutale ou s’est installée progressivement. Toujours est-il que la sécheresse règne partout, et que dans la plupart des régions, les précipitations ont cessé. Les réfugié.es climatiques s’entassent dans des villes nouvelles ou dans tous les endroits disponibles du pays, comme par exemple les campus universitaires. L’insécurité règne, on vit grâce à des tickets de rationnement. Jean et Arthur Cluny sont les enfants d’ex-membres d’une station spatiale abandonnée, la station Alpha. Cette dernière rouvre après quelques années avec, à son bord, le jeune Arthur. Jean, de son côté, va habiter dans une ville nouvelle, avant de se « perdre » dans le désert et de rencontrer le peuple indien avec qui elle va passer de longs mois de sa vie.

Une image de Wikilmages sur Pixabay *

       Mon avis
       J’ai détesté ce livre. Ou, tout du moins, j’ai été très déçue par rapport au thème de la collection, et à ce qui était indiqué en quatrième de couverture.
       L’écriture est très elliptique. Cela donne constamment l'impression d’avoir raté un passage, on se sent en décalage permanent, comme si on était éjecté.e de la narration. L’autre problème est que ces ellipses portent sur ce qui pourrait être important, notamment quand on lit un bouquin de SF : la station spatiale, le déroulement des voyages dans l’espace, etc. On n’a rien de tout cela. En revanche, ce qui se passe sur Terre est hyper détaillé, que ce soit dans un désert indien ou une ville surpeuplée. Il y a une espèce de distorsion dans l’écriture, qui donne un effet accordéon. Tous les passages concernant Arthur Cluny et la station spatiale sont très brefs. En revanche, tout ce qui concerne la jeune femme, Jean, est développé sur des centaines de pages. On sait tout sur le désert, les Indiens et les Indiennes. Toutes les petites actions sont narrées dans le détail, par exemple, ce que mange Jean (plusieurs repas dont tous les ingrédients et éléments sont énumérés, un par un, d’où ils viennent, comment ils ont été cuisinés et combien de temps), le nom de tous les meubles d’une maison, dans toutes les pièces, décrites l’une après l’autre, à tous les étages, ainsi que les essences précises (et très terrestres) dont sont fabriqués ces meubles... Le texte est ainsi peut-être plus proche de ses lecteurs et de ses lectrices, de leur quotidien, mais il est alors en quelque sorte réservé à un public américain, et surtout on n’a pas du tout l’impression de lire de la SF. On se croirait plutôt dans un roman hyper réaliste, qui décrit l’Amérique, les petites scènes de tous les jours. Un de ces romans postmodernes, mais qui serait rédigé sans aucun talent pour le genre. Reconnaissons qu’il est très délicat d’écrire un roman documentaire postmoderne sur les Indiens et les Indiennes, qui plus est dans un contexte science-fictionnel ! Du coup, c’est long, très long, et terriblement ennuyeux.


       J’ai dû me pincer plusieurs fois et vérifier la couverture : eh oui, le livre est bien classé en SF chez Denoël, dans la fameuse collection « Présence du Futur » ! Mais c’est plus un hommage (un femmage !) très appuyé au peuple indien. Si vous vouliez tout savoir des Indiens et des Indiennes Wasco de Warm Springs, c’est ce livre qu’il vous faut. Comment ils/elles mangent, s’habillent, dorment, parlent, se déplacent, à quoi ils/elles pensent, etc. Si, comme moi, vous pensiez lire de la SF, vous vous êtes trompé.e de bouquin.
       Comme si cela ne suffisait pas, l’autrice situe son roman sur fond de Guerre froide (qui, certes, n’était pas terminée en 1979, lorsque le roman a été publié), avec tous les clichés qui en découlent, les méchant.es Russes, les gentil.les Américain.es… On ne comprend pas vraiment l’utilité de cette toile de fond. On n’a pas l'impression d’être dans l’avenir, on a même plutôt le sentiment d’avoir reculé dans le temps, de trente ou quarante ans, au bas mot.

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       La plupart des personnages ne sont pas sympathiques, voire sont carrément antipathiques. On a du mal à s’attacher à eux, et on se moque éperdument de ce qui leur arrive, si tant est qu’il leur arrive quelque chose dans ces fameuses ellipses. Le ton du récit est souvent déprimé, déprimant. J’ai rarement eu aussi peu de plaisir à lire un livre. Je crois que je n’avais jamais auparavant ressenti cette indifférence totale, ce désintérêt profond qui s’installent progressivement.
       La fin du roman est en demi-teinte, toujours sans grand intérêt et, encore une fois, il n’y a aucun sursaut tardif qui pourrait tout expliquer : nous ne sommes toujours pas dans une œuvre de SF.

       Court extrait
       « Chose surprenante, les agences de renseignements s’étaient révélées leurs porte-parole (sic) les plus éloquents. Leur plaidoirie était fondée sur le fait que pour prévenir l’inévitable épreuve de force soviétique, à un moment où les Etats-Unis (sic) étaient confrontés à la dépression économique, au mécontentement et à une population démoralisée, il était nécessaire de mettre en chantier un projet révélant la puissance toujours intacte du pays et qui rabaisserait ses problèmes actuels et passagers. »

Une image de Tama66 sur Pixabay *

       

      La Notice de l’autrice
       Kate Wilhelm est une autrice américaine. Elle est née en 1928 et morte très récemment, en 2018, à l'âge de quatre-vingt-dix ans, en Oregon, dans le nord-ouest des États-Unis. Elle a écrit huit romans et a reçu les prix Hugo et Nebula pour « Hier, les Oiseaux ». Le Temps des genévriers a été récompensé par le prix Apollo (prix français récompensant un roman de SF) en 1981. Elle est la première lauréate, aux côtés de deux autres romanciers, à avoir remporté le prix Solstice qui, depuis 2009, récompense un.e écrivain.e ayant eu un « impact significatif dans les littératures de l'imaginaire » (wiki)
       Kate Wilhelm a également participé à la création des fameux ateliers d'écriture « The Clarion Writers Workshop », où elle a elle-même été enseignante pendant une vingtaine d'années.

       Note stellaire

Une image de Tobin sur Flickr *

        Impossible d’attribuer une note à ce livre : elle risquerait d’être négative ! En revanche, on peut lui accorder le triste trophée « Fusée écrasée », pour souligner ce gros ratage. Ce livre aurait eu sa place dans n’importe quelle collection de littérature générale, mais certainement pas chez un éditeur et dans une collection de science-fiction. Dommage.
 

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* CC-Zero 

 

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