Gueule de truie, Justine Niogret

Publié le par tauceti

 

      Présentation
       Gueule de truie est un roman de 250 pages écrit par Justine Niogret. Il a connu une première édition en 2013 chez Critic, et une seconde chez Mnémos en 2020. La couverture présentée ici a été illustrée par Ronan Toulhouat. À noter que l’éditeur nous propose une biographie détaillée de l’illustrateur, sur une pleine page, et même sur la belle page, alors que l’autrice n’a droit qu’à une malheureuse phrase, en quatrième de couverture, certes, mais on n’aura pas le droit d’en apprendre davantage sur elle *. Après tout, cela n’a aucun intérêt, elle n’a fait qu’écrire le roman !

       Le livre proprement dit
       Le "Flache" a eu lieu et a détruit la terre. Gueule de truie est un tueur. Son nom provient du masque que ses maîtres lui ont attribué. Après une éducation très brutale, à base d’humiliations et de coups de canif dans le pénis, il erre dans le monde afin de détruire toute trace de vie humaine et ainsi servir le dessein de ses dieux. Un jour, il rencontre une fille transportant une boîte en métal. Il décide de lui laisser la vie sauve et de l'accompagner dans son cheminement. 


       Mon avis
       J’ai violemment détesté ce roman. Je l’ai commencé avec beaucoup d’intérêt et de curiosité. Mais après soixante pages de violence gratuite, de surenchère de coups et blessures sans aucune raison autre que “je souffre donc je tue”, “je réfléchis, donc je mets à mort”, “j’ai une idée, donc j’étrangle quelqu’un”, j’ai commencé à me lasser, voire à me braquer.
       L’univers décrit est très dur. On suit divers personnages profondément antipathiques et déshumanisés. Les seuls noms qui les désignent sont “la pute”, “la fille”, “le vieux”...
       Il y a quelques incohérences. Par exemple, Gueule de truie répète à plusieurs reprises qu’il sera le garde du corps de “la fille”. Sauf que quand cette dernière est enlevée par un groupe de gens qui comptent probablement lui faire subir toutes sortes d'infamies, Gueule de truie reste bien sagement dans son coin et ne cherche à aucun moment à venir à son secours. Lui qui peut broyer les gens à la seule force de ses mains attend tranquillement qu’elle lui soit rendue, sans rien faire.
       Quand la fille revient enfin, on devine ce qu’elle a subi. Et qui a perpétré ces atrocités ? Pas un musulman, non, pas un Noir, ce ne serait pas politiquement correct et le racisme et la xénophobie ont, heureusement, fait long feu. Mais la grossophobie a encore de beaux jours devant elle ! Oui, le criminel n’est autre que “le gros”. Ça n’ajoute strictement rien à l’histoire de savoir que ce violeur a un tour de taille supérieure à la moyenne, mais on note que le personnage malfaisant est “le gros “ (psst, idées pour la prochaine histoire, indiquer : le chauve, le myope ou, mieux, le “roux qui pue” !)...
       Quant au traitement des personnages féminins, j’ose à peine dire ce que j’en pense. Ces dames sont au nombre de deux (nombre, on s’en doute, bien inférieur à celui des personnages masculins). Il y a “la pute” et “la fille”. “La pute” apparaît au début du roman pour en disparaître presque aussitôt. Ne reste donc que “la fille”, qui croise le chemin du Masque-de-cuir (et dur à cuire) Gueule de truie. Cette fille a tous les défauts. Elle est sotte, elle a une vie insignifiante, sa famille n’a aucun intérêt, elle ne comprend rien à rien. Elle a en revanche quelques qualités bien appréciées : elle parle très peu, elle est silencieuse, elle est très obéissante (bon, à la fois, elle n’a pas trop le choix). Mais c’est quand même une fille ! Et à ce titre, elle n’arrête pas d’embêter le chaste Gueule de truie ! Lui, si prude, si vertueux, qui a passé son enfance et son adolescence à se donner des coups de couteau dans le pénis (c’est répété plusieurs fois dans le roman) pour éteindre toute velléité de contact sexuel, doit céder à plusieurs reprises à l'infâme pécheresse qui ne cesse de revenir à la charge !

Éd. Mnémos

       Beaucoup de gens reprochent à l’autrice son écriture sèche, sans fioriture. De mon côté, c’est ce qui m’a permis de m’accrocher et d’aller jusqu’à la fin : Gueule de truie est un livre bien écrit. Sec, effectivement, sans falbalas (à la fois, dans ce monde post-apo, ça aurait paru du plus grand ridicule), une écriture froide et précise. On ne perd pas de temps, on lit les mots justes. Le tout est bien construit, bien rythmé et, si ce n’était le fond, se lit avec plaisir.

       Le lectorat de Gueule de truie se divise en deux : celles et ceux qui, comme moi, ont vécu ce récit comme un long cauchemar et les autres, qui l’ont accueilli comme une révélation coup de poing. Peut-être faut-il lui laisser sa chance. Peut-être, comme la moitié de son lectorat, allez-vous apprécier cet ouvrage.

       Court extrait 
       (...) Il regarde dans ses yeux, profond, il essaye de lire. De la colère. De la méfiance. Il durcit le poing. Il veut lire de la peur.
       Le premier coup ne l'apporte pas, alors il cogne une deuxième fois. Elle se roule en boule, sur sa boîte, elle grince des dents ou peut-être que le métal grince, lui, et Gueule de Truie frappe quand même. Il veut voir son regard, il lui saisit les cheveux et tire vers le feu, et quand il aperçoit son visage il la gifle du plat de la main, fort, les doigts droits et durs pour choquer sa peau le plus possible. Elle le fixe avec un air de louve, aigu et haineux, en silence, et il la frappe encore plus fort et elle saigne du nez. Ça craque d'un coup ; pas l'os, mais le fluide. Elle ne lâche rien, se cramponne à sa boîte pendant que la peau sous son nez se remplit de rouge, là où tout s'adoucit et devient lèvre. Gueule de Truie lève la main en poing, le serre, avec l'envie énorme de la battre jusqu'à la faire disparaître, la faire rentrer dans la terre. Il la jette comme on le fait d'une ordure et pose les doigts sur sa bouche à lui, presse assez fort pour que son masque crisse. Et puis il tend à nouveau la paume et barbouille la fille de son propre sang, sur la bouche, le nez, le menton, lui écrase cette tache rouge jusqu'à lui en recouvrir le bas du visage. Il se relève. Il a toujours envie de frapper. 

Justine Niogret au festival Trolls et légendes de Mons en 2011, par Harmonia Amanda, CC BY-SA 3.0

     

       La Notice de l’autrice
       Justine Niogret est une autrice française de fantasy et de science-fiction. Elle a écrit pas moins de sept romans, et une trentaine de nouvelles. Ses deux premiers romans, Chien du heaume et Mordre le bouclier, ont été récompensés par plusieurs prix prestigieux. Justine Niogret a également œuvré dans le domaine de la traduction.
       Certain·es connaissent la romancière sous le nom de Misha Halden. C'est sous ce pseudo qu'elle a publié, en 2016, son premier roman policier chez Fleuve Éditions.
       Une écrivaine aux multiples facettes, donc, dont on suivra la carrière avec toute l’attention qu’elle mérite.

       Bonne lecture !

       * C’est très courant. J’ai notamment un livre regroupant des nouvelles d’Ursula LeGuin. Dès le début, on vous annonce en gros, en gras, en grand : “Biographie”. Vous êtes content·es, vous allez peut-être apprendre des choses intéressantes sur cette très grande autrice. Eh bien non, en fait, c’est la biographie de l’éditeur, un homme bien sûr… Mais pourquoi ne pas avoir inséré la biographie de l’autrice ?

Publié dans Science-fiction

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