Autonome, par Annalee Newitz

Publié le par tauceti

 

       Autonome (Autonomous en anglais) est un livre de 325 pages écrit par Annalee Newitz. Il est paru pour la première fois chez Denoël, en 2018, et a connu une réédition chez Folio SF en 2020. La traduction a été assurée par Gilles Goullet, et la couverture présentée ici a été illustrée par Aurélien Police.


    Le livre proprement dit

       

       Nous sommes en 2144. Dans un monde où les robots ressemblent aux humains et les humains ressemblent aux robots, on a coutume de prendre des psychostimulants, et toute sorte d’autres substances, pour améliorer son quotidien et/ou sa productivité. Judith Chen, alias Jack Chen, est ingénieure de formation. Après un passage dans les laboratoires des grosses firmes pharmaceutiques, elle a décidé de se mettre à son compte. Elle synthétise les molécules de diverses spécialités chimiques pour les redistribuer en pirate aux personnes qui n’ont pas les moyens de se payer les produits originaux. Mais un doute l’habite. Les médias ont récemment relaté la mésaventure d’une étudiante dont le cerveau a commencé à présenter des anomalies. Serait-ce due à une substance fournie par Jack ? La molécule a-t-elle été suffisamment testée ? La responsabilité incombe-t-elle à Chen ou au laboratoire d’origine ?

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     Mon avis


       J’ai lu pas mal de critiques négatives sur ce roman et franchement, ce n’est pas mérité. J’ai d’ailleurs l’impression qu’on se plaît souvent à éreinter les autrices, à systématiquement chercher la petite bête (on avait par exemple reproché à Deborah Teramis Christian d’avoir écrit… trop de chapitres !). On se pose beaucoup moins de questions lorsqu’il s’agit de porter aux nues, aveuglément, la SF du siècle passé, peu importe qu’elle soit misogyne ou raciste, pourvu qu’elle soit écrite par des hommes, blancs. Comme si c’était en soi un gage de qualité.

Extrait de "Les Culottées", de Pénélope Bagieu, à propos de Mae Jemison

 

       Alors je vais le dire sans ambages, j’ai beaucoup aimé ce livre d’Annalee Newitz. Il est très inventif, mais jamais jusqu’à l’extravagance, tout reste toujours plausible.
       Autonome est un bon roman. Il a ses petits travers, des personnages qu'on perd un peu en cours de route par exemple et, nous sommes d’accord, ce n’est pas de la très grande littérature. Mais globalement, Autonome se lit très bien et pose des questions essentielles. À mi-chemin entre la SF et le “techno thriller”, la narration est rapide, enlevée, à 100% dans l’action. Ce livre fait l’effet d’un film hollywoodien à grand budget, il nous éblouit par ses effets spéciaux à toutes les pages. On peut facilement s'identifier aux personnages : nous sommes dans un avenir proche et nous connaissons déjà de nombreuses technologies évoquées (par exemple les imprimantes 3D qui tiennent une place non négligeable dans le roman). C’est sur ce point que j’ai plus de doutes : le roman peut-il survivre à l’évolution des technologies actuelles ou sera-t-il à mourir de rire d’ici dix ou vingt ans ?
       Je lui souhaite quoi qu’il en soit un bel avenir, car il est loin d’être totalement creux. Annalee Newitz y pose, bien sûr, des questions fondamentales sur la propriété intellectuelle, sur les brevets, les manipulations financières des grands laboratoires pharmaceutiques. Elle s’interroge aussi sur les rapports entre les humains. Certains ont en effet assez d’argent pour vivre, tout bonnement vivre, tandis que d’autres sont obligés de s’asservir, volontairement, aux premiers, pour simplement avoir de quoi survivre. Il existe même des écoles d’asservissement pour former les jeunes à leurs prochains métiers d’esclave (dans le monde réel, on appelle cela le “travail”)…
       Le livre présente en outre une réflexion tout à fait passionnante sur les robots et les liens que les humains entretiennent avec eux. Liens d'asservissement, une fois encore, mais aussi liens plus intimes. L’autrice nous parle aussi de genre, d’attribution arbitraire des genres, de genre des robots, de leur sexualité, et même de sexualité partagée entre les humains et les robots. De fait, cette question se posera forcément un jour ou l’autre, et sûrement beaucoup plus rapidement que ce que l’on peut imaginer. D’ailleurs, voulez-vous que je vous raconte comment jouissent les robots ? Eh bien figurez-vous qu’ils… Ah non, désolée, il faudra lire le bouquin pour le savoir. Mais sachez que j’ai trouvé l’autrice plutôt convaincante dans ses explications.

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     Court extrait


       (...) Après avoir déambulé dans un atrium surmonté d’une verrière, Paladin se surprit à payer une fraction de crédit pour visiter une exposition sur l'histoire de la botculture à Richmond.
Elle s’arrêta devant la présentation du système d’asservissement, sous forme de fichiers vidéo et d’une concaténation de documents. Une chronologie enrichie de données montrait l'émergence de l’intelligence cinétique robotique dans les années 2050, suivie par les premières réunions de l’International Property Coalition. La loi de l’IPC autorisait les entreprises à compenser le coût de construction des robots en restant propriétaires de ceux-ci durant une durée maximale de dix ans. Paladin parcourut un résumé des procès par lesquels les être artificiels dotés d’une intelligence supérieure ou égale à celle des humains s’étaient vu reconnaître des droits humains.
       Une fois ces droits acquis pour les robots, il passa dans nombre de gouvernements et de coalitions économiques une vague de lois qu’on baptisa plus tard législation sur l'asservissement des Droits Humains. Elle instaura les droits des robots asservis et, après une décennie de batailles juridiques, ceux des humains à s’asservir aussi. Après tout, si des êtres qui leur étaient équivalents le pouvaient, pourquoi les humains eux-mêmes ne le pouvaient-ils pas ? Dans la Zone, toutefois, aucune loi n'autorisait les humains à naître asservis comme les robots.

 

Annalee Newitz, photo de Etech
       La Notice de l’autrice


       Annalee Newitz est née en 1969 en Californie. En 1998, elle termine ses études de littératures anglaise et américaine à l'université de Berkeley, et soutient une thèse de doctorat sur les "Monstres, psychopathes et capitalisme dans la culture populaire américaine au vingtième siècle" (source wiki). Un an plus tard, elle devient écrivaine et journaliste à plein temps dans les domaines culturel et scientifique. Elle édite un magazine et divers blogs traitant de la science et de la science-fiction, et publie nombre d'articles dans la presse spécialisée.
       Parallèlement à sa carrière journalistique, elle a publié trois romans (seul Autonome est traduit en français pour le moment) et une dizaine de nouvelles de science-fiction. Son style unique, jeune et plein d’entrain, fait d’Annalee Newitz une étoile montante de la science-fiction internationale. C’est avec plaisir qu’on suivra sa carrière et qu’on verra la confirmation de son talent.

       Bonne lecture !

Publié dans Science-fiction

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