Le Phare, de Valerie J. Freireich

Publié le par tauceti

 

       Le PhareThe Beacon, en anglais – est un roman de 420 pages écrit par Valerie J. Freireich. Il est paru en français chez J'ai Lu en 1998, dans une traduction de Marie-Catherine Caillava. La couverture a été illustrée par Jim Burns (bien qu'il soit indiqué Tim Burns par erreur sur la couverture).

 

       L’histoire proprement dite (aucun spoil)


       Après la terrible période des Hécatombes, qui ont décimé la Terre, l’humanité a reconstruit une civilisation entièrement contrôlée par l’Assemblée. L’Assemblée est un réseau auquel tout le monde peut se connecter, en permanence, pour être en lien direct avec toute la planète. Le roman commence sur une grande réception où ont été invités, sous haute surveillance, quatre Numéricains, ces membres d’un vaisseau spatial venu des confins de l’univers, qui reste pour le moment en orbite géostationnaire. Les Numéricains sont-ils porteurs d’un message ? Ont-ils un lien quelconque avec l’Assemblée ? Sont-ils venus pour aider les humain·es ou ont-ils été envoyés en reconnaissance avant une possible invasion extra-terrestre ?

 

       Mon avis


       Le Phare est un roman portant sur la communication via un réseau qui relie tous les êtres humains et connaît tout d’eux, y compris leurs pensées les plus intimes. Ce réseau est un moyen d’information, certes, mais il peut aussi devenir vecteur de propagande. Certains “censeurs” pourraient en effet être tentés de modifier cette information afin de servir leurs propres desseins. Que se passerait-il si des êtres mal intentionnés s’emparaient de ce réseau ? Que se passerait-il si ce réseau tombait en panne, si l’humanité était soudain privée de contact et d’information ? D’ailleurs qui contrôle les données qui transitent via le réseau, et dans quel but ?

       Une multitude de questions passionnantes donc, quelques années après les débuts de l’Internet grand public. Malheureusement, le texte est vérolé par des préjugés d’un autre temps : sexisme, homophobie, grossophobie, xénophobie etc. tout y passe.
       La fête qui ouvre le roman regroupe une multitude de gens dont un certain nombre ont le visage tatoué. On apprendra plus tard qu’ils habitent une contrée “périphérique” et qu’ils sont ni plus ni moins des “Sauvages”. Ils présentent des mœurs barbares, sont grégaires et agressifs. Le grand méchant du livre est présenté comme très efféminé. Il s'habille avec beaucoup de recherche, à défaut de bon goût, porte des parfums capiteux. Les femmes, ma foi, les femmes… L’une est grosse, vieille, et manipulatrice. L’autre est si belle, si fragile… et manipulatrice, menteuse. Bien sûr, elles se crêpent sans cesse le chignon, comment pourrait-il en être autrement ? Et le héros, ce grand héros, blanc, toujours droit dans ses bottes, bon père de famille, juge à la Cour Universelle, impartial, qui fait toujours son devoir au mieux pour le bien-être de tous. Il est prêt à prendre les armes pour sauver son enfant et sa femme – qui, bien sûr, traitresse et pêcheresse, le trompe avec son meilleur ami !
       Le roman est bien entendu un peu moins caricatural que ce que je décris ici. Mais ça reste un fâcheux exemple de misogynie intégrée, et il est suffisamment puant pour vous gâcher la lecture. Peu à peu, on se détache de l’histoire, on reste en alerte, dans l’attente de la prochaine agression. C'est vraiment fort dommage de gâcher un texte qui, sans cela, aurait été tout à fait captivant.

 


       Court extrait


       – Qui était cet homme ?
       Elle soupira.
       – Orion Nash, président du Clan des Boisiers. Je suis désolée, je ne peux pas contrôler nos Sauvages comme John sait le faire. Orry ne peut pas s'empêcher d'être grossier, il est si ignorant.
       Le hall n'était pas complètement désert. Le garde à l'entrée ouvrit la grande porte comme pour signifier son congé à Stefan. Celui-ci se rapprocha de Marta :
       – Il faut que je vous parle seul, murmura-t-il. J'ai vu John, il va bien.
       Le visage de Marta s'éclaira. Acari réalisa soudain qu'elle avait dû être très jolie, deux décennies plus tôt. Elle n'avait jamais été belle comme Liada, mais sa vivacité pouvait faire oublier sa rondeur. Elle n'avait pas la grâce de Béatrice et sa voix était aiguë et faible. Mais elle était entièrement dévouée à John. Stefan respectait cela. 

 


       La notice de l’autrice


       Valerie J. Freireich est une autrice américaine née à Chicago en 1952. On a très peu de renseignements sur elle. Elle serait titulaire d'un doctorat en anthropologie et, après avoir travaillé dans différents cabinets d'avocat·es, elle est devenue juriste à son compte. Elle est spécialisée en droit des affaires et notamment en droit immobilier, un profil plutôt atypique dans le petit monde de la science-fiction.
       La carrière littéraire de Valerie J. Freireich court sur une petite dizaine d’années. Elle a écrit un essai, une quinzaine de nouvelles et cinq romans, dont seul Le Phare a, pour le moment, été transposé en français. Espérons que d'autres œuvres suivront car, malgré les quelques défauts énoncés plus haut, Valerie J. Freireich a tout d'une grande écrivaine, et elle sait à merveille creuser ses sujets dans des romans originaux.

       Bonne lecture !

 

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Publié dans Science-fiction

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