Qui a peur de la mort ? de Nnedi Okorafor

Publié le par tauceti

 

       Qui a peur de la mort ? (Who Fears Death en anglais, et sans point d’interrogation puisqu’il s’agit d’un nom de personne) est un roman de 550 pages écrit par Nnedi Okorafor. Il est paru en français pour la première fois en 2013 chez Panini Books, avant de connaître plusieurs rééditions chez ActuSF (2017) et au Livre de poche (2018). La traduction, tout à fait remarquable, a été assurée par Laurent Philibert-Caillat, et l’illustration de couverture de l’édition ActuSF, ici présentée, a été réalisée par Travis Davids.

       Mise en garde


       L’action se déroule dans un univers que l’éditeur choisit de nous présenter comme post-apocalyptique. Mais c’est juste un décor très en arrière-plan, qui n’est évoqué qu’à de rares occasions. Toute l’action se situe dans une Afrique pétrie de traditions, qui peut même parfois sembler très traditionaliste. Donc si vous recherchez des sensations à la Mad Max ou que vous espérez voir un immense vaisseau parti à la conquête de l’univers, pour emprunter au cinéma, vous vous êtes trompé de quadrant. Prenez un autre bouquin… en attendant de revenir à celui-ci ! Car oui, Qui a peur de la mort ? est vraiment un super roman qui vous ravit dès les premières pages, même moi qui suis pourtant très hermétique à la fantasy. 

Un iroko, sur le blog Kemopi
       Présentation


       L’histoire nous raconte le cheminement de la jeune Onyesonwu. Enfant née d’un viol de guerre, elle va tenter de retrouver son père biologique en parcourant le désert avec ses amis. Elle apprend en parallèle à développer les pouvoirs surnaturels dont elle est dotée. Peu de descriptions du décor, de la faune ou de la flore. Le roman est centré sur les humain·es, leurs actions, leurs traditions, les interactions et la magie qui les unissent. Et la magie est très puissante dans ce livre. Heureusement d’ailleurs, car l’autrice ne nous épargne rien des problématiques liées aux peuples d’Afrique – tribalisme, génocides inter-ethnies et nettoyage ethnique par le viol (voir note) – ni sur les crimes envers les femmes (excisions, viols, mépris de genre, infantilisation systématique…) ni sur des sujets qui concernent l’humanité dans son ensemble (critiques acerbes de la religion, de la société de consommation, etc.) Tous ces thèmes sont abordés via une écriture étonnamment claire, posée, parfois enjouée et poétique, très agréable à lire. Nnedi Okorafor est une conteuse exceptionnelle, et sait à nulle autre pareille distiller le merveilleux dans ses textes, et dans nos vies !

     
        Mon avis


       J’ai beaucoup aimé ce livre qui sort complètement du commun, et se place d’emblée très au-dessus de la production américaine moyenne. En plus de la richesse de l'écriture, Nnedi Okorafor nous offre un large panorama de thèmes, et nous fait réfléchir sur ce qui nous relie aux autres, et au monde qui nous entoure. Et bien que je ne sois en général pas très réceptive aux histoires de magie dans la littérature, j’ai été profondément captivée (envoûtée ?) par l’imaginaire de Nnedi Okorafor. C’est très impressionnant. À tel point que je me suis surprise plusieurs fois à manipuler ce livre, ce simple volume de pages collées et reliées, avec beaucoup de déférence, de précautions, comme s’il était, lui aussi, un objet magique. C’est bien la première fois que cela m’arrive. J'avais une peur terrible que le livre tombe et que cela ne détraque ou, pire, que cela ne casse la magie !

       Je ne suis bien sûr pas la seule à avoir aimé ce roman formidable. Il a en effet reçu plusieurs récompenses bien méritées, et la chaîne de télévision HBO a prévu de l'adapter en série.

Idéogramme en langue nsibidi signifiant... nsibidi !

       Très court extrait


       Je lançais un coup d’œil inquiet dans le couloir. « Par où dois-je aller ? »
       Après avoir franchi le coude, je devais descendre le corridor, prendre à droite, puis à gauche et enfin monter quelques marches. Telles furent les indications d’Efu. Il aurait aussi bien pu s’esclaffer en me les donnant. Dans la Maison de l’Osugbo, on ne choisit ni où l’on va, ni ce que l’on fait. La Maison s’en charge pour vous.

 

Nnedi Okorafor, une photo de Cheetah Witch

 

       La notice de l’autrice


       Nnedi Okorafor est une autrice américaine d'origine nigériane. Elle est née en 1974 dans l'Ohio, aux États-Unis.
       Dans sa jeunesse, Nnedi Okorafor est férue de sciences et se destine à l'entomologie. Elle pratique également l'athlétisme et le tennis, où elle obtient un classement au niveau national. Elle doit cependant abandonner le sport à l'âge de 19 ans, après une opération chirurgicale qui l'a laissée partiellement paralysée.
       Elle se met alors à écrire des nouvelles et obtient un master en journalisme et un doctorat en littérature. Elle devient par la suite professeure de "littérature et d'écriture créative", à l'université.
       Nnedi Okorafor a écrit quelques romans pour enfants et pour jeunes adultes. Elle a publié plus d'une dizaine d'ouvrages pour adultes, une pièce de théâtre, des scénarios de BD, notamment dans l'univers de Black Panther chez Marvel, des romans graphiques... Son œuvre a été acclamée dans le monde entier, et récompensée par une multitude de prix, dont les plus prestigieux (Nebula, Hugo, Locus).
       Grâce à son précieux bagage multiculturel, Nnedi Okorafor nous présente une vision unique, très enrichissante. Elle nous fait sortir, pour une fois, des limites étriquées du "white male gaze" (façon de voir des Blancs occidentaux, hommes) auquel on nous a toujours habitué·es. Une expérience surprenante, incroyable, à ne manquer sous aucun prétexte !

       Bonne lecture.

 



       Note :
       Sur les viols comme armes de guerre, et si vous avez les oreilles bien accrochées, deux émissions vous expliquent tout sur ces "crimes parfaits" :
      - Sur France Culture, "Le viol : arme de coercition massive", à écouter en cliquant ► ICI
      - Sur le podcast du journal Le Monde, "Femmes en lutte, un combat mondial : La dignité volée des femmes violées", à écouter en cliquant ► ICI
 

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