Shambleau, par C.L. Moore

Publié le par tauceti

 

       Shambleau est un recueil de 370 pages comprenant neuf nouvelles. Il a été écrit par C. L. Moore. La nouvelle éponyme date de 1933, tandis que le recueil paraît pour la première fois en France en 1957, dans une traduction de Georges H. Gallet. Une fois n’est pas coutume, ce livre a connu de très nombreuses rééditions, notamment chez J’ai Lu. La couverture présentée ci-dessus a été illustrée par Philippe Caza.

       De quoi ça parle ?


       Northwest Smith, un cowboy de l’espace, recueille une créature d’apparence humaine, féminine, alors qu’une horde d’hommes furieux cherche à l’éliminer. Northwest Smith s’interpose pour protéger la belle, et lorsqu’il affirme que cette créature lui appartient, les hommes sont d’abord stupéfaits, puis tous ricanent et partent en haussant les épaules, l’air profondément dégoûtés. Le soir, dans leur logement, Northwest Smith fait un rêve très étrange… Les autres histoires nous content comment Smith et Yarol, son comparse vénusien, sont largués dans une jungle lointaine, sur un satellite de Jupiter, à la recherche de sirènes destinées à être vendues par des marchands d’esclaves (sic) ou comment sur Mars, alors qu’il est poursuivi, Smith rencontre une femme aux contours flous. On voit aussi une étrange Vénusienne minga lui proposer un travail dans une ruelle obscure ou alors, à l’astroport de Lakkdarol, sur Mars, tandis que Smith et son acolyte s’apprêtent à aller déjeuner, un Irlandais, un vrai Irlandais tout droit débarqué de la Terre, les aborde…
       Malgré des décors assez diversifiés, les nouvelles ont un fond commun. Elles nous parlent quasi toutes d'une créature venue du fond des âges, qui a besoin des humain·es pour assouvir une faim primordiale. Malgré cela, le livre reste très agréable à lire, jamais ennuyeux, grâce aux remarquables talents de conteuse de C.L. Moore.


       L’écriture est moderne, en tout cas complètement atemporelle. Le seul élément qui pourrait la trahir, c’est la proportion de descriptions, très nombreuses, par rapport aux dialogues, plus rares, alors qu’aujourd’hui cette proportion serait complètement inversée. Il est souvent dit que les textes de C.L. Moore font la part belle au charnel, à la sensualité. Certes, ils devaient être très osés pour l’époque, où on tombait en pâmoison à la simple vue d’un bout de cheville féminine, alors imaginez une cuisse de Vénusienne ! Mais bien sûr, cela n’a rien à voir avec ce que l’on connaît maintenant, et c’est d’ailleurs peut-être mieux ainsi. En revanche, on note que le héros, Northwest Smith, ce costaud et grand gaillard, cet intrépide aventurier de l'espace au regard bleu acier, traverse souvent des moments de doute, voire de faiblesse, et n’est pas toujours montré à son avantage, bien au contraire ! 
    Shambleau, c’est de la SF gentiment horrifique, très étonnant à lire. C’est un classique des classiques, une référence incontournable dans l’histoire de la SF, à ne manquer sous aucun prétexte.
 

       
       Court Extrait


       Smith resta sans comprendre, presque bouche bée, quand la foule subitement méprisante commença de se disloquer. La tête lui en tournait. Qu'une telle animosité sanguinaire s'évanouisse dans un souffle, il ne pouvait le croire. Et le curieux mélange de mépris et de dégoût qu'il voyait sur les visages le déconcertait plus encore. Lakkdarol n'avait rien d'une ville puritaine... Il ne lui vint pas un instant à l'esprit qu'en revendiquant comme sienne la fille brune, il avait provoqué cette répulsion, étrangement choqué toute la bande. Non, c'était quelque chose de plus profond que cela. Ce dégoût instinctif, instantané qu'il avait vu sur les visages... Ils en auraient moins marqué s'il s'était avoué cannibale ou adorateur de Pharol !
       Déjà, ils s'éloignaient de lui aussi vite que si le péché ignoré qu'il avait commis eût été contagieux. La rue se vidait aussi rapidement qu'elle s'était remplie. Il vit un Vénusien tout luisant jeter un coup d'œil par-dessus son épaule en tournant au coin et ricaner « Shambleau ! »
       Le mot éveilla une nouvelle chaîne de spéculation dans l'esprit de Smith. Shambleau ! Cela devait être d'origine vaguement française. Assez étrange à entendre sur les lèvres de Vénusiens et de Martiens des pays secs, mais c'était le ton qu'ils lui donnaient qui l'intriguait davantage.

 

Catherine L. Moore

       La notice de l’autrice

       C.L. Moore (Catherine Lucille Moore) est une autrice américaine née en 1911 dans l’Indiana.
       De santé fragile durant son enfance, elle passe beaucoup de temps chez elle, à lire des récits fantastiques. Elle publie ensuite quelques histoires dans le journal de l'université, avant de proposer ses textes, dès 1933, aux magazines pulp de l'époque. Elle signe ses publications C.L. Moore, non pas pour cacher qu'elle est une femme, comme on le pense souvent, mais pour que ses employeurs, dans l’hôtel de standing qui l'emploie alors, ne se rendent pas compte qu'elle a un double emploi.
       La plupart de ses histoires mettent en scène l'un ou l'autre de ses deux personnages emblématiques : Northwest Smith, le célèbre cow-boy de l’espace, pour la SF, et Jirel de Joiry, la fière et arrogante guerrière que rien n’effraie, pour la fantasy. Jirel de Joiry est d'ailleurs l'une des premières héroïnes du genre.
       C.L. Moore est une écrivaine très prolifique, que ce soit seule ou en tant que co-autrice. Elle dispense également des cours d'écriture à l'université. En 1958, elle arrête l'écriture pour devenir, pendant quelques années, scénariste chez Warner Bros. Elle cesse cependant toutes ses activités d'écriture en 1963 avant d'être atteinte par la maladie d'Alzheimer, qui l'empêche même de venir retirer les prix qu’on lui décerne pour son œuvre. C.L. Moore s’éteint à son domicile en 1987, à Hollywood, en Californie, à l’âge de 76 ans.
       C.L. Moore est une figure majeure de la science-fiction et de la fantasy américaines et grâce à elle, de nombreuses autres femmes se sont lancées dans l'aventure de l'écriture, pour notre plus grand bonheur.

       Bonne lecture !

Publié dans Science-fiction

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article