Nous rêvions de robots - Isabelle Gaudet-Labine

Publié le par tauceti

 

       Nous rêvions de robots est un livre de quatre-vingt-quinze pages écrit par Isabelle Gaudet-Labine. Il est paru en 2017 chez La Peuplade. L’illustration de couverture a été réalisée par Mariery Young.

       Le livre
 
       L’ouvrage se compose de trois parties : le passé, le présent, le futur. Et même, plus précisément : « Passé – La Terre », « Présent – La Distance » et « Futur – La Captation ». On y suit l’évolution d’une femme qui passe du travail de la terre, harassant, à l’ère du numérique, où tout est encodé, où la moindre de nos données personnelles est « captée ».
       C’est tout ? Oui, c’est tout, à ce (gros) détail près que Nous rêvions de robots est en fait un recueil de poésie. De la poésie de science-fiction, oui, parfaitement. 
       Les poèmes sont très courts et se lisent comme des haïkus. Le blanc des pages invite votre imagination à vagabonder, à explorer, à extrapoler ce que vous venez de lire dans les moindres détails. Cela permet une lecture très créative, comme toujours avec la poésie. Même si le texte est souvent dur, c’est une façon de lire apaisante, et trop rare. Les poèmes continuent à vous hanter longtemps après que vous les avez lus, car, comme je me plais souvent à le répéter, ce n’est pas le nombre de mots qui fait la qualité d’une œuvre, et qui préfigure le souvenir qu’on gardera d’elle, bien au contraire.


 
       Mais

       J’ai cependant un gros reproche à faire à ce livre. À beaucoup de livres, certes, mais à celui-là en particulier : son prix ! Car oui, à part La Monture  de Carol Emshwiller, j’achète tous les livres que je chronique. Et franchement, 17 € pour un livre que vous lisez en à peine une heure, ça fait cher. D’autant plus que cet ouvrage a bénéficié de plusieurs aides publiques.
       Cela peut sembler une considération bien triviale, surtout quand on parle d’une œuvre poétique destinée à un public forcément restreint. Mais justement, pourquoi ne pas mettre ces ouvrages à la portée de tous et toutes ? Cela élargirait forcément le champ de possibles, et les prix baisseraient mécaniquement. Il faut aussi penser aux gens qui achètent les livres. Alors oui, je sais bien, tout le monde a droit à sa juste rémunération, la maison d’édition, les équipes qui gèrent la mise en page, les illustrations, la correction, la diffusion, la distribution, la promotion, etc. Et encore, dans le cas de Nous rêvions de robots, l’ouvrage a directement été écrit en français. Il n’a donc subi aucune traduction, puisqu'on entend souvent que c’est la traduction qui plombe le prix d’un livre – ce qui, bien entendu, est tout à fait fallacieux, pour ne pas dire malhonnête, de la part des éditeur·rices.


       Pour comparer avec un domaine que je connais bien, imaginez une boîte de jeux. Elle se compose d’une boîte, parfois de thermoformage, de divers matériels de jeu, des cartes, des dés, des pions, une règle, souvent traduite. Tout a été pensé, créé, testé par une personne ou une équipe, tout a été soigneusement et richement illustré. Et malgré cela, vous payez souvent votre jeu à peu près le même prix qu’un livre en papier, tout sec, sans illustration à part la couverture (et encore, quand on a de la chance d'avoir une illustration !) Malgré son développement récent, le jeu de société moderne reste pourtant un marché de niche où les boîtes s’écoulent elles aussi en nombre restreint. Alors pourquoi Nous rêvions de robots est-il si cher ? Certes, il faut prendre en considération le transport, et probablement les taxes qui l’accompagnent, pour faire venir ce livre du Québec, d’où il est originaire. Mais le prix canadien est sensiblement identique à ce qu’on doit payer en Europe. On pourrait se dire que le niveau de vie au Québec est plus élevé qu’en France. Mais non, encore une fois, il est sensiblement le même, voire il est moins élevé de presque 7%. Donc ces explications ne tiennent pas la route, et on a du mal à en trouver d’autres.


       Par les prix prohibitifs auxquels elle nous est proposée, la littérature redevient un produit élitiste, et c’est bien dommage. Y compris sous forme numérique, où les livres, en France, ont longtemps coûté plus cher que leurs versions papier, un comble ! Il y a bien sûr la possibilité de lire un livre sans l’acheter. Il suffit pour cela de l’emprunter dans une bibliothèque, de l’obtenir en troc, en prêt, dans une boîte à livres. Mais dans ces cas précis, aucune personne de la chaîne du livre n’est rétribuée. Elle l’a déjà été une première fois, certes, mais elle ne l’est plus ensuite alors que le livre continue à être lu. C’est surtout dommageable pour l’auteur/l’autrice car, comme dans le domaine du jeu, ce sont souvent elles et eux qui gagnent le moins dans l’affaire. 
       Tout cela constitue un vaste débat, et il n’y aura aucune solution à moins que les professionnel·les du livre ne fassent un effort sérieux. J’ai hélas bien peur que cela ne soit pas suffisant. D’un côté, tout augmente, le prix du papier, des transports, probablement de l’encre. De l’autre côté, les gens font de plus en plus attention à ce qu’ils achètent, et pour beaucoup, le livre n’est pas une priorité. Lire risque donc de redevenir un luxe réservé aux élites.


 
       Court extrait
 
              La fin a été annoncée
              en caractères
Times New
 
              depuis les tablettes
              ne supportent plus
              ni livres ni passé d’argile
 
 
              Elles implosent de commandements

 

Isabelle Gaudet-Labine, photo de Guo Ange


 
       
La notice de l’autrice


       Isabelle Gaudet-Labine est une poétesse québécoise. Elle est née en 1978 à Montréal, au Canada.
       Son diplôme d'études littéraires en poche, elle travaille pour de nombreuses organisations culturelles. Elle a déjà publié cinq recueils de poésie et a participé à plusieurs anthologies et livres d'art.
       En 2015, Isabelle Gaudet-Labine gère, avec ses confrères et ses consœurs des Éditions La Peuplade, une « ligne poétique téléphonique. » C'est un numéro que vous appelez pour écouter des poèmes au téléphone, 24 h sur 24, 7 jours sur 7. Une initiative très originale et amusante, qu'on aimerait voir (écouter !) plus souvent, y compris en Europe.
 
       Bonne lecture (et bonne écoute) ! 

Publié dans Science-fiction

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