Chroniques du pays des mères, par Élisabeth Vonarburg

Publié le par tauceti

 

       Chroniques du pays des mères est un roman écrit par Élisabeth Vonarburg. Il est sorti pour la première fois en 1992, aux éditions Québec/Amérique, et a connu quatre rééditions au Livre de poche (1996), chez Alire (1999), Mnémos (2019) et enfin, cette année, en 2021, chez Folio SF. C’est un pavé : selon les éditions, l’ouvrage comporte 500 à 700 pages.


       Le livre proprement dit


       Chroniques du pays des mères est composé de cinq parties mêlant récit classique, journal intime et correspondance entre divers personnages. On y voit dépeinte par le menu une société matriarcale où le peu d’hommes qui subsistent sur Terre n’ont plus qu’un rôle de reproducteurs, tandis que les femmes dirigent le monde. On y suit plus particulièrement la vie, l’éducation et le destin singulier de Lisbeï, promise au rang de mère, mais dont le sort risque d’être contrarié au profit de sa jeune sœur, Tula.


       Mon avis


       J’ai beaucoup aimé ces histoires d’enfantes, de sourices et d’animales (etc.), cette féminisation discrète et néanmoins impérative de la langue. L’héroïne est attachante et on vibre avec elle de ce destin extraordinaire qui s’ouvre à elle. Je suis très sensible et très intéressée par les thèmes abordés dans le roman, et notamment la société matriarcale et toutes les conséquences que cela entraîne.
       Je fais cependant partie des gens qui se sont profondément ennuyés à la lecture de ce livre. Le récit est très long, avec une multitude de détails qui plantent parfaitement le décor, mais j’ai eu l’impression que cela se faisait au détriment de l’action qui peine à affleurer, et à se développer. 
       Je comprends tout à fait le point de vue de l’autrice, je comprends aussi entièrement les gens qui, nombreux, ont adoré ce récit. Ils ont raison, c’est un super roman, une histoire incroyable et fondatrice. Mais le tempo est trop lent à mon goût, et j’en ai beaucoup souffert. L'écriture est très dense, presque sans aucun dialogue. Les descriptions succèdent aux descriptions et aux tâtonnements incessants des personnages. C’est long à lire. Trop long. Cela requiert un effort important que je n’ai plus envie de fournir. Ni l’envie, ni le temps. Et puis surtout, pourquoi consacrer autant de temps à lire un seul roman, alors qu’il y a tellement d’autrices formidables à lire, relire, à découvrir ?
       Pour résumer, si vous avez plusieurs mois devant vous et que vous aimez les univers très travaillés, ouvrez votre esprit, ouvrez-vous une grande parenthèse de temps, et vous allez adorer ce livre. Dans le cas contraire, laissez-lui quand même sa chance, sait-on jamais ? Mais je vous aurais prévenu·es.

Une image de Mrmariokartguy — CC BY-SA 4.0
       Court Extrait


       Rouge. C’est ce qu’elle se rappellera plus tard. Rouge, toutes les nuances de rouge, d’un rouge écarlate profond à un blanc rosé translucide et vibrant. Et non plus silencieux après un moment, mais incroyablement sonore au contraire ; en essayant de se décrire les sons, elle pensera surtout à l’eau des petits ruisselets d’irrigation qui coulent dans la nuit entre les plantes du parc, tombant goutte à goutte ou en cascades des petits rochers, bouillonnant dans les remous. Mais il y a aussi une sorte de grésillement constant, parfois comme des étincelles et parfois comme de l’huile jetée dans une poêle très chaude. Au travers, il y a ce double mouvement sourd et soutenu, comme un tambour, ou une porte battante, une porte où passerait du vent. Et tous ces sons dessinent en même temps un paysage, un espace à la fois changeant et défini, très vaste et curieusement circonscrit, où elle pourrait se déplacer mais elle ne sait pas comment. Elle ne sait pas vraiment où elle est, ce qu’elle est, elle est à la fois là et ailleurs.

Élisabeth Vonarburg au Salon international du livre de Québec 2013. Photo par Asclepias — CC BY-SA 3.0
       La notice de l’autrice


       Élisabeth Vonarburg est une écrivaine de science-fiction née à Paris. Elle passe ensuite une partie de sa vie dans l'Yonne (là où j'habite ! À quand une rue Élisabeth Vonarburg à Sergines et à Sens, et pourquoi pas une école ? Et une statue en prime !). Elle fait des études de littérature à Dijon, où elle consacre son mémoire de maîtrise à "l'évolution des thèmes littéraires classiques en science-fiction et en fantastique" (source Wikipédia). Elle obtient ensuite une agrégation en littérature moderne et enseigne, toujours en Bourgogne. En 1973, elle déménage au Canada, où elle obtient, en 1987, un doctorat en création littéraire avec une thèse portant sur sa propre œuvre. Elle poursuit ensuite ses études sur le thème de la reproduction dans la science-fiction féminine (vaste sujet !).
       En 1981, son premier roman, Le Silence de la cité, sort chez Denoël. Il est récompensé par trois prix. En 1990, après diverses autres publications et collaborations avec la télévision et la radio québécoises, elle se consacre entièrement à la littérature.
       Élisabeth Vonarburg a écrit une vingtaine de romans, des essais, de la poésie, deux sagas et une multitude de nouvelles, pour lesquels elle a reçu pléthore de prix. C'est l'une des écrivaines francophones les plus traduites à travers le monde, une référence absolue de la science-fiction féminine.


       Bonne lecture !

Publié dans Science-fiction

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