Lady Astronaute, de Mary Robinette Kowal

Publié le par tauceti

 

       Lady Astronaute est un recueil de nouvelles très court, 115 pages, écrit par Mary Robinette Kowal. Il est publié en France en 2020 dans un traduction de Patrick Imbert, avec une illustration de couverture de Matthias Haddad.


       Les nouvelles ne sont pas liées entre elles, mais présentent la plupart du temps des points communs. La majorité des récits se déroulent sur Mars ou son satellite Phobos. Ils nous présentent toujours des personnages féminins, mais pas forcément sous leurs meilleurs aspects. La première femme est une assistante effacée, complètement dévouée à son mari, jusqu’à se rendre malade pour lui. La deuxième est une vieille mère très maladroite. Elle éparpille par mégarde des centaines de cartes perforées, alors qu'elle aurait dû les garder fermement en main pour ne surtout pas perdre leur classement. La troisième est une petite fille qui perd sa peluche. La quatrième laisse tomber son appareil photo dans un instant critique, alors que la plus grande discrétion était de mise. Heureusement, dans la dernière nouvelle, Lady Astronaute de Mars, nous avons affaire à un personnage féminin de très grande envergure, la femme qui a rendu possible la colonisation de Mars. Mais elle n’est plus maintenant qu’une vieille femme qui rêve de retourner dans l’espace.


       Cet ouvrage ne m’a pas fait rêver. Il n’a provoqué en moi ni émerveillement, ni réflexions intenses, ni remise en question. En vérité, le livre aurait pu s’appeler « La Vieille et la fusée », mais le titre aurait été moins vendeur (quoique). C’est en quelque sorte de la « SF gériatrique » qui me parlera peut-être plus dans vingt ou quarante ans. Lady Astronaute a néanmoins le mérite de traiter d’un sujet complètement inattendu, rarement abordé dans la SF classique, à savoir l’avancée en âge (et ici, pour une fois, on ne nous parle pas d’immortalité, ni de cure de rajeunissement !) et toutes les décrépitudes que cela entraîne. Pas très folichon donc, mais après tout, pourquoi pas ?


Confusion et flou pas très artistique


       Plusieurs éléments de l’édition Folio SF m’ont beaucoup fait tiquer : 

  • Lady Astronaute est la suite de Vers les étoiles, de la même autrice. On y retrouve en effet, dans la dernière nouvelle, les mêmes personnages, à un moment plus avancé de leurs vies. Cela pourrait expliquer les tenants et les aboutissants de cette histoire. Mais il n’est stipulé nulle part que cette nouvelle est une suite, et que le prérequis pour bien l’appréhender est d’avoir lu Vers les étoiles au préalable.
  • L’éditeur n’indique nulle part le titre d’origine des nouvelles, ni même leurs dates de publication. On aurait aimé en savoir davantage.
  • La couverture est superbe, vraiment très réussie. Elle représente cependant une jeune femme avec les joues bien rebondies, tout juste sortie de l’adolescence. Alors que la dernière nouvelle, la plus importante, celle qui donne le titre au recueil, nous parle d’une femme de 63 ans. Son âge est indiqué à plusieurs reprises, c’est un élément très important de l'histoire. C’est même en raison de son âge que l’astronaute est contactée pour éventuellement repartir dans l’espace. Mais alors pourquoi l’illustration  de couverture présente-t-elle un tel décalage avec le texte ? 
  • Ce qui me dérange le plus, c’est le terme « Inédit » qui figure en bonne place sur la couverture, juste sous le titre. La nouvelle date de 2012. Elle est parue sous forme audio, c’est même ce qui l’a empêchée de recevoir le prix Hugo. En 2013, Mary Robinette Kowal a couché son histoire par écrit, et elle a logiquement été récompensée par le prix Hugo en 2014. Mais il existe une traduction française de la nouvelle, datant de 2019. Elle a pour titre La Dame astronaute de Mars. Elle a été réalisée par Erwan Devos et Hermine Hémon, et le texte a été publié dans Dimension Uchronie 3, aux éditions Rivière Blanche, dans la collection Fusée. Pourquoi, dès lors, indiquer que le texte est « inédit » ? « Inédit dans cette traduction » aurait été plus correct, ou « Inédit chez Folio SF ». Mais telle quelle, la mention est trompeuse, voire mensongère. Elle induit les lecteurs et les lectrices en erreur.


       Beaucoup d’imprécisions donc de la part de l’éditeur. On a l’impression qu’il cherche à tout prix à vendre un ouvrage auquel il ne croit pas du tout. Tout semble permis : « mentir » sur l’illustration de couverture, passer sous silence des informations importantes ou mettre en avant des arguments fallacieux. C’est certainement ce qui décrédibilise le plus le recueil et, encore plus préjudiciable, pénalise durablement son autrice.

 
Court extrait


       « L’expérience Phobos »
       « Qu’avons-nous ici ? » Le géologue s’était déjà plongé dans son dossier, la lèvre inférieure coincée entre les dents. Il parcourait les nombreuses pages détaillant les formations rocheuses et les chondrites carbonées de type I ou II.
       « Phobos. »
       Lindquist leva les yeux en fronçant les sourcils « Mais… c’est un réseau de cavernes. »
       Le général Araujo lui adressa un sourire. « En effet. Phobos est creuse. »
       L’air navré, le géologue s’humecta les lèvres.
       « Général, avec tout le respect que je vous dois... » Il grimaça, puis reporta son attention sur les pages, avant de relever les yeux. « Il y a eu… ce canular remonte à 59. Le Docteur Arthur Hayall n’existe pas. Pas plus que l’Université des Sierras. Les lunes martiennes ne sont pas des satellites artificiels. Elles ne sont pas métalliques. Général. »
       Darlene admirait la franchise de Lindquist. Elle n'aurait pas aimé contredire un général. Une expérience déplaisante, mais parfois nécessaire.
       Le rapport contenait plusieurs pages illustrées, détaillant un réseau de cavernes dans la plus grande lune martienne. Du grand n’importe quoi.
       « Vous avez parfaitement raison et vous m’en voyez ravi. » Le général indiqua les dossiers. « Continuez à parcourir tout ça pendant que je vous briefe. Ce canular a été monté par la CIA pour couvrir autre chose (...) »

 

Mary Robinette Kowal, une photo de Eric James Stone
La Notice de l’autrice


       Mary Robinette Kowal est une écrivaine américaine de science fiction et de fantasy. Elle est née en 1969 aux États-Unis, où elle vit encore aujourd’hui.
       Mary Robinette Kowal a suivi une formation artistique et a pratiqué le métier de marionnettiste pendant vingt-cinq ans. Elle a exercé aussi bien dans des écoles, que dans de grands théâtres ou à la télévision. Sa carrière de marionnettiste a été à deux reprises couronnée par des prix d’excellence.
       Parallèlement à son travail de marionnettiste, Mary Robinette Kowal a prêté sa voix à divers livres audio. Elle a aussi été directrice artistique de plusieurs magazines consacrés aux littératures de l’imaginaire (Shimmer Magazine et Weird Tales).
       Elle a publié pas loin de quarante nouvelles et plus d’une dizaine de romans, pour lesquels elle a reçu les prix les plus prestigieux (Hugo, Nebula, Locus, etc.).
       Mary Robinette Kowal est, depuis 2019, présidente de l’association Science Fiction and Fantasy Writers of America. C’est une écrivaine de premier plan, il serait dommage de l’oublier !

       Bonne lecture.

Publié dans Science-fiction

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article